Jean-Claude CARRIERE
Jean-Pierre COFFE
Laurent DAMIENS
Agnès VINCENT
       

Les épouvantails sont faits pour épouvanter. Il y a des épouvantails un peu partout, dans la politique par exemple, ou dans le sport. Et les épouvantails ne sont pas forcément des êtres dits humains. Mike Tyson est certes un épouvantail, mais aussi le col du Galibier, comme le sont les Quarantièmes Rugissants.

Quand on y songe, c’est fou ce qu’il y a comme épouvantails autour de nous. Le fascisme, la misère, la fin du monde, le cancer, la vache folle, le sida, le terrorisme, le rallye Paris-Dakar : les raisons de s’épouvanter ne manquent pas.

Nous en oublierions presque les épouvantails de nos champs de blé et de nos jardins, qui sont là pour faire peur aux oiseaux. Des oiseaux qui pourtant doivent manger, comme nous. Mais manger ailleurs.

Ce qu’il y a de curieux, dans ces épouvantails-là, c’est qu’ils ont plus ou moins notre forme. Ils tendent les bras comme des Christ de paille, ils portent nos vieux vêtements et nos vieux chapeaux. Autrement dit, pour effrayer les oiseaux, nous n’utilisons pas la forme d’un renard, d’un serpent ou d'un vautour. Nous prenons la nôtre.

Et même nous prenons la forme d’un vagabond, d’un mendiant.
C’est l’image de la misère qui chasse au loin les affamés.

Nous pouvons être fiers. Nous sommes les meilleurs du monde pour semer, pour récolter, pour consommer et pour épouvanter.

Voilà assez de bonnes raisons, sans doute, pour organiser dans un jardin, une exposition d’épouvantails. Ils éloignent les oiseaux, mais attirent les hommes.

Jean-Claude Carrière