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Les épouvantails sont faits
pour épouvanter. Il y a des épouvantails un peu partout,
dans la politique par exemple, ou dans le sport. Et les épouvantails
ne sont pas forcément des êtres dits humains. Mike Tyson
est certes un épouvantail, mais aussi le col du Galibier, comme
le sont les Quarantièmes Rugissants.
Quand on y songe, c’est fou ce qu’il y a comme épouvantails
autour de nous. Le fascisme, la misère, la fin du monde, le
cancer, la vache folle, le sida, le terrorisme, le rallye Paris-Dakar
: les raisons de s’épouvanter ne manquent pas.
Nous en oublierions presque les épouvantails de nos champs
de blé et de nos jardins, qui sont là pour faire peur
aux oiseaux. Des oiseaux qui pourtant doivent manger, comme nous.
Mais manger ailleurs.
Ce qu’il y a de curieux, dans ces épouvantails-là,
c’est qu’ils ont plus ou moins notre forme. Ils tendent
les bras comme des Christ de paille, ils portent nos vieux vêtements
et nos vieux chapeaux. Autrement dit, pour effrayer les oiseaux, nous
n’utilisons pas la forme d’un renard, d’un serpent
ou d'un vautour. Nous prenons la nôtre.
Et même nous prenons la forme d’un vagabond, d’un
mendiant.
C’est l’image de la misère qui chasse au loin les
affamés.
Nous pouvons être fiers. Nous sommes les meilleurs du monde
pour semer, pour récolter, pour consommer et pour épouvanter.
Voilà assez de bonnes raisons, sans doute, pour organiser dans
un jardin, une exposition d’épouvantails. Ils éloignent
les oiseaux, mais attirent les hommes.
Jean-Claude Carrière |
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