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Les origines lointaines, divines et quelques
fois magiques de l’épouvantail sont multiples et diverses
: statues en bois armées de bâton ou représentations
d’un dieu protecteur auquel on apportait des offrandes.
Que l’on se réfère à Priape dans l’Antiquité
gréco-latine ou aux « kakashi » au Japon, l’épouvantail
a existé dans toutes les civilisations de notre planète,
dés lors que les hommes ont commencé à cultiver
la terre, qu’il s’agisse des champs ou des jardins.
Sa fonction première a toujours été d’éloigner
et d’effrayer les oiseaux prédateurs des récoltes,
en terre ou dans les arbres.
Le monde gréco-latin avait son dieu du jardin, Priape, fils
d’Aphrodite-Vénus et de Dionysos-Bacchus, pour les uns,
de Zeus-Jupiter, pour les autres. Dieu ithyphallique, le « rouge-gardien
» effrayait les oiseaux avec son sexe turgescent et dressé
; souvent les latins, pour éloigner les oiseaux, plantaient
dans la terre un simple bâton barbouillé de rouge vermillon.
Au Japon, du fait de la faible superficie des terres cultivables par
apport à la surpopulation, il était vital de protéger
les champs et les rizières ; c’est pourquoi les «
Kakashi », ce qui signifie littéralement « mauvaise
odeur » furent si nombreux. Cette pratique très ancienne
consistait à attacher des guenilles huileuses et des arêtes
de poisson au bout de morceaux de bois ; il suffisait d’y allumer
le feu pour provoquer des fumées malodorantes qui éloignaient
les animaux et … les hommes. Depuis tous les épouvantails
japonais, qu’ils soient ou non anthropomorphes, s’appellent
désormais « kakashi ». Ce n’est d’ailleurs
pas un hasard, si, au pays du Soleil Levant, on vénère
un dieu épouvantail « Sohodo-nà-kami ».
Dans la plupart des pays, le principe de l’épouvantail
le plus répandu est celui du mannequin. Sur un support de bois
ou de fer, presque toujours cruciforme, recouvert de vieux oripeaux
rembourrés de paille, l’épouvantail ressemble
étrangement à une silhouette humaine. Il s’agit
presque toujours d’une représentation masculine, affublée
de vêtements troués et délavés appartenant
à son créateur. Quelques fois sans tête, il porte
toujours un couvre-chef, un chapeau, un béret ou un bonnet.
Sa place est en général au, milieu d’un champ,
d’un potager ou dans les vignes.
Il n’est pas rare de trouver un épouvantail dans les
branches d’un arbre, en général un cerisier. Son
apparence alors est sensiblement différente : il n’a
plus besoin d’imiter l’homme mais de se faire remarquer
par des bruits et des couleurs ; les vieilles nippes sont remplacées
par des sacs en plastique, des morceaux de papier, souvent métallique,
des bouteilles vides, des CD, reliés entre eux par des ficelles,
tout matériau ayant l’avantage de miroiter au soleil
et de provoquer des sons inhabituels dans la nature.
Il existe également des épouvantails constitués
d’un grand bois sur lequel est cloué un animal mort,
empaillé ou dépecé, chat, chien ou corbeau…
Mais au fil des ans et surtout depuis l’extrême mécanisation
des cultures, l’épouvantail tend à déserter
nos champs et nos jardins. On lui préfère les produits
chimiques ou des canons à hydrocarbure.
Heureusement la disparition progressive de l’épouvantail
mais néanmoins rapide dans la nature ne le fait pas disparaître
pour autant de notre mémoire collective ni de notre imagerie
populaire. Il devient le héros éponyme de romans, de
films, de très nombreux livres pour enfants. Qui a oublié
le fantastique recueil de nouvelles intitulées « l’Epouvantail
», écrit par Patricia Highsmith ? Ou la Palme d’Or
du Festival de Cannes en 1973 « l’Epouvantail »
réalisé par Jerry Schatzberg avec Al Pacino et Gene
Hackman ?
Il devient le sujet de prédilection et de réalisation
d’artistes anonymes ou célèbres. Il va même
jusqu’à devenir le thème de concours et de festivals
à travers le monde et à entrer dans les musées
tel le Musée des Pays de l'Ain.
Le fameux homme de paille, à la recherche d’un cerveau,
dans le célèbre « Magicien d’Oz »,
n’a plus rien à envier à tous les personnages
réels ou imaginaires entrés dans la postérité.
Créé, il y a des millénaires pour effrayer, aujourd’hui
il tend à attirer, peut-être les oiseaux mais certainement
tous les amoureux et les nostalgiques de la Nature.
Agnès Vincent
Paris le 15 février 2003 |
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